intraordinaire 

michel v mange des enfants.

par Michel Valdrighi, 3X ans, bonne à tout faire du web le jour, superhéros injustement méconnu la nuit.

mots

à un moment, j’ai eu peur que tu deviennes intelligent

Observant combien la pensée des personnes saoules était vague et détachée de tout souci à l’égard de la réalité, combien leurs phrases se satisfaisaient de l’incohérence et, pour couronner le tout, qu’ils avaient l’illusion de débiter de superbes vérités, Antoine décida d’adhérer à cette philosophie prometteuse. L’ivresse lui semblait le moyen de supprimer toute vélleité réflexive de son intelligence. Ivre, il n’aurait plus besoin de penser, il ne le pourrait plus : il serait un rhéteur d’approximations lyriques, éloquent et volubile. L’intelligence au sein de l’ivresse n’aurait plus de sens ; ses amarres lâchées, elle pourrait faire naufrage ou être dévorée par des requins sans qu’il s’en soucie. Rires sans cause, exclamations absurdes, en état d’ébriété il aimerait tout le monde, il serait désinhibé. Il danserait, virevolterait ! Oh, bien sûr, il n’oubliait pas la part sombre de l’alcool : la gueule de bois, les vomissements, la cirrhose à l’horizon. Et la dépendance.

Il comptait bien devenir alcoolique. Cela occupe. L’alcool prend toute la place dans les pensées et donne un but dans le désespoir : guérir. Il fréquenterait alors les réunions d’Alcooliques anonymes, raconterait son parcours, serait soutenu et compris par des êtres de son espèce applaudissant son courage et sa volonté de décrocher. Il serait alcoolique, c’est à dire quelqu’un qui a une maladie socialement reconnue. On plaint les alcooliques, on les soigne, ils ont une considération médicale, humaine. Alors que personne ne songe à plaindre les gens intelligents : « Il observe les comportements humains, cela doit faire de lui quelqu’un de bien malheureux », « Ma nièce est intelligente, mais c’est quelqu’un de très bien. Elle veut s’est sortir », « À un moment, j’ai eu peur que tu deviennes intelligent. » Voilà le genre de réflexions bienveillantes, pleines de compassion, auxquelles il aurait eu droit si le monde était juste. Mais non, l’intelligence est un double mal : elle fait souffrir et personne ne songe à la considérer comme une maladie.

Martin Page, Comment je suis devenu stupide

2007/02/27 23:56 | 0 commentaires | tags :

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